Blog · Comprendre · 9 septembre 2026 · 6 min de lecture

Pourquoi le SD-WAN ne remplace pas le MPLS

Le SD-WAN a été vendu comme la fin du MPLS. Dix ans plus tard, 90 % des entreprises l'utilisent ou l'adoptent, et le MPLS est toujours là. Ce n'est pas un paradoxe : les deux ne sont pas au même étage. Et c'est précisément cet écart que le sdMPLS® vient combler.

Un directeur des systèmes d'information qui reçoit aujourd'hui une proposition de réseau multisite entend presque toujours la même phrase : « le SD-WAN va vous permettre de sortir du MPLS ». La promesse est séduisante, et les chiffres du marché semblent lui donner raison. Pourtant, dans beaucoup d'entreprises, le SD-WAN s'est ajouté au réseau existant plutôt que de le remplacer. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce que chaque technologie fait, et surtout ce qu'elle ne fait pas.

Ce que le MPLS apporte, et ce qu'il coûte

Le MPLS opérateur offre des performances garanties et un réseau privé. C'est pour cela que les entreprises l'ont adopté : la voix passe avant les sauvegardes, les sites se voient sans transiter par l'Internet public, et l'opérateur s'engage contractuellement. Mais ce confort a trois prix. Le coût, d'abord : le MPLS coûte en moyenne 2,9 fois plus cher qu'un accès Internet business. Le délai, ensuite : ouvrir un site prend 60 à 120 jours. Le contrôle, enfin : le cœur de réseau appartient à l'opérateur, et chaque changement de routage ou de qualité de service passe par une demande. Le nombre de connexions MPLS décline de 24 % par an ; ce n'est pas parce que le besoin a disparu, c'est parce que le prix de ce besoin est devenu difficile à défendre.

Ce que le SD-WAN fait vraiment

Le SD-WAN est une couche logicielle posée au-dessus de vos liens. Sur chaque site, un équipement observe les liens disponibles (fibre, xDSL, 4G) et choisit, pour chaque flux, le meilleur chemin du moment. C'est utile : on peut remplacer des liens MPLS coûteux par des accès Internet standards et gagner 20 à 30 % d'optimisation WAN. Mais il faut être précis sur ce que ce mécanisme touche. Le SD-WAN sélectionne le meilleur chemin parmi les liens existants. Il ne crée pas de capacité, ne voit pas le cœur de réseau de l'opérateur, et n'agit ni sur la QoS de bout en bout ni sur l'ingénierie de trafic. Il optimise ; il ne maîtrise pas.

L'image que nous utilisons est celle du GPS. Le SD-WAN, c'est un GPS qui choisit le meilleur itinéraire sur les routes existantes, mais qui ne peut ni les élargir ni les entretenir. Quand l'Internet public est encombré entre deux sites, le GPS peut proposer un autre lien ; il ne peut pas décider de ce qui se passe dans le backbone qu'il traverse. C'est un overlay : un réseau logique construit au-dessus d'un réseau physique qu'il ne contrôle pas.

Pourquoi les deux coexistent

Voilà pourquoi tant d'entreprises gardent un MPLS sous leur SD-WAN, au moins pour les sites critiques : l'overlay ne leur a pas rendu la maîtrise du cœur qu'elles avaient avec le MPLS, il leur a donné de la souplesse aux extrémités. Et il reste une seconde raison, souvent oubliée dans les comparatifs : le SD-WAN ne traite que le WAN. La téléphonie reste sur sa plateforme, l'hébergement et le cloud restent joints par des VLAN ou un VPN. La double infrastructure que le MPLS imposait déjà (un réseau pour le WAN et la voix, une autre chaîne pour le cloud) n'a pas disparu ; elle a simplement changé de forme.

Le choix proposé aux entreprises ressemble donc à ceci : garder la maîtrise et payer cher, ou payer moins et renoncer à la maîtrise. C'est un faux dilemme, parce qu'il repose sur une hypothèse implicite : que le cœur de réseau de l'opérateur est un objet fermé, que le client ne pourra jamais piloter.

La troisième voie : rendre le cœur pilotable

Cette hypothèse n'est plus vraie. Le cœur de réseau d'un opérateur peut lui-même être virtualisé, avec les standards ouverts VXLAN et EVPN, et découpé en réseaux virtuels étanches. C'est l'approche SDO, Software Defined Operator : un opérateur dont le cœur de réseau est entièrement virtualisé et pilotable par logiciel. Dans ce cœur, chaque client reçoit son propre routeur de backbone virtuel, le VRB, qu'il pilote directement : routage, qualité de service, segmentation, ingénierie de trafic.

C'est cela que nous appelons sdMPLS. Le client obtient ce que le MPLS lui apportait (un cœur privé, maîtrisé, avec une vraie ingénierie de trafic) et ce que le SD-WAN lui promettait (des liens standards, peu coûteux, mis en service en quelques jours), dans une seule infrastructure qui porte à la fois le WAN, la téléphonie et l'hébergement. Pour reprendre l'analogie : le MPLS est une autoroute privée que vous louez cher ; le SD-WAN, un GPS ; le sdMPLS, votre propre réseau routier, dont vous décidez le plan de circulation, construit sur des routes standards.

Et si vous avez déjà un SD-WAN ?

Il n'est pas nécessaire de le retirer. Le SD-WAN reste, il ne fait que sélectionner un chemin ; le sdMPLS remplace ce qu'il y a dessous. Et il supprime la seconde infrastructure (cloud, voix) que le SD-WAN ne traite pas. La question utile n'est plus « MPLS ou SD-WAN ? », mais : sur quel cœur repose mon réseau, et qui le pilote ?